FINAL CUT




Conception et écriture : Myriam Saduis
Collaboration à la mise en scène : Isabelle Pousseur
Avec Myriam Saduis et Pierre Verplancken ou Olivier Ythier
Voir la distribution complète et la revue de presse
Premières à Océan Nord, Bruxelles : du 16 au 23 novembre | du 7 au 9 décembre 2018

Prix MAETERLINCK 2019, Belgique : meilleur spectacle et meilleure actrice.

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« Supportez d’être appelée une nerveuse. Vous appartenez à cette famille magnifique et lamentable qui est le sel de la terre. »
(Le docteur du Boulbon dans Le Côté de Guermantes, Marcel Proust)

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Final Cut
est un projet construit autour de mon histoire familiale.

Pour l’expliquer, je dois commencer avec l’histoire d’un malheur,
(et pas spécialement rare, somme toute),
celui d’avoir eu une mère à la fois merveilleuse et paranoïaque, au sens clinique du terme
(en mots de tous les jours : une folle).
Quant au père : « disparu », rayé de la carte par ma mère...

... et ce jusqu’à son nom : Saâdaoui,

qu’elle refusait que je porte (pour m’en fabriquer un autre, celui qui signe ce texte [1]).

Elle a occupé toute la scène,
cette folie maternelle, toute la scène de mon enfance et de mon adolescence.
Mon père se tenait là, comme flouté.
Comme ces négatifs photographiques que ma mère, après en avoir déchiré toutes les épreuves,
toutes les images de leur couple, n’avait pu se résoudre à jeter
(et je les avais trouvés ; longues heures passées en cachette,
à force d’efforts tenaces sous la lampe du salon, à faire surgir une forme amicale de ces ombres noires et blanches
qui donnaient au visage de mon père l’apparence d’un spectre).
Il est vrai : ma mère l’avait refoulé aux frontières, ce spectre.
C’était un homme étranger, sans visa et sans appuis.

Nous étions en pleine décolonisation

(je suis née en 1961),
mais l’histoire des hommes m’était voilée par la folle occupation du plateau par ma mère
(je dirai plus loin comment et pourquoi s’opéra un changement de focale hors du familial, dans un fracas de foudre).

La part de l’Histoire est celle-ci :
Les membres de ma famille grand-maternelle italienne, colons en Tunisie durant le protectorat français,
buvaient comme l’eau fraîche le racisme insu et ordinaire du colonisateur
(tel qu’on le ré-entend aujourd’hui, d’ailleurs, comme « coulant de source »).
L’amour de ma mère pour Bechir Saâdaoui fut vécu comme une transgression insupportable,
un geste de haute trahison.
Elle renonça rapidement. Moi, j’avais surgi dans l’intervalle.

Enfant de la transgression,

je participais donc de la contre-nature
(et, tandis que mon père était out of place, moi j’étais out of name).

L’affection familiale à mon égard
était profonde, mais labourée par un mouvement perpétuel d’effacement,
escamotant toutes les traces de l’origine bâtarde
(et donc : la folie de ma mère, et jusqu’au contenu textuel de ses délires
— choses très méticuleuses que les délires [2] — participait de l’inlassable histoire de l’impérialisme).

J’aurais pu disparaître.

J’aurais pu disparaitre. Mais j’ai conquis le final cut (je dirai donc comment)
et dès lors je raconterai cette histoire — non pas le malheur, non ! —
dont je fais une déconstruction, un montage, une fiction plus vraie que vraie.

Il aura fallu un long chemin
(appelons-le sans modestie : une odyssée), le long chemin qu’est une psychanalyse
pour atteindre soudainement un instant de fulgurance
(qui rend cette discipline cousine de l’art) :
ma mère, mon père et moi avions aussi été pris dans le flux de l’Histoire, qui déchira leur amour.
J’ai noté les séances en sortant du cabinet, durant toute l’odyssée
(pas de simples notes, plutôt une tentative de retranscription de ce qui s’était dit et ressenti,
une tentative de capture de ce qui se pensait sans être dit, à laquelle s’ajoutaient les récits de rêves,
les associations, les fièvres, les interventions de l’analyste).
Ce que j’en raconte n'est donc jamais ce qui s’y est passé et pourtant tout a eu lieu ainsi.

Le mot spectacle ne convient pas tout à fait
(ni sans doute le mot performance).
Peut-être le mot intervention, artistique ou poétique, ouvre-t-il un certain champ :
en équilibre instable entre une conférence historique et le récit comique d’une vie
(oui, j’oubliais de le mentionner, car cette tragédie contient une drôlerie féroce).
Mon partenaire Pierre Verplancken, familier de mes spectacles, est « l’acteur »,
celui qui court avec moi après une forme paradoxale de vérité, une « vérité à structure de fiction » —
une forme qui cherche sa place et son nom, comme le sujet qui la produit,
une forme dont on ne sait ni le début ni la fin et dont le modèle est sans doute la spirale —
la spirale qui dit comme on sait : eadem mutata resurgo, « déplacée, je réapparais à l'identique ».

Il y a des chansons dans Final Cut.
Ma mère chantait beaucoup, et très bien.
L’histoire secrète, jamais dite et effacée, surgissait entre nous par des fragments de chansons ;
tandis qu’elle fredonnait Barbara « Dis , quand reviendras-tu ? »,
je chantonnais « Mon père, mon père... Il pleut sur Nantes ».
Des chansons, donc, dont des tubes, car ce sont les tubes qui disent l’époque telle qu’elle se vit,
ignorante d’elle-même et qui danse.
Myriam Saduis

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NOTES

[1]  Voir la loi du 25 octobre 1972 relative à la francisation des noms et prénoms, toujours en vigueur.

[2] « Le paranoïaque rebâtit l'univers, non pas à la vérité plus splendide, mais du moins tel qu'il puisse de nouveau y vivre. Il le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction. »
Sigmund FREUD, Cinq psychanalyses, 1911, PUF.


©Marie-Françoise Plissart


PRIX MAETERLINCK
2019

La cérémonie des  « Prix Maeterlinck de la Critique », organisée par l’ensemble de la presse belge francophone, s'est tenue le 23 septembre 2019 au Théâtre National de Belgique. Deux prix ont été attribués à Final Cut : celui du « meilleur spectacle » de la saison 2018-19, et et le prix de la « meilleure actrice » pour Myriam Saduis.

Lire : l'article de Christian Jade sur le site de la RTBF ; 
l'article de Marie Baudet pour la Libre Belgique.


ENTRETIENS & ANALYSES
[final cut]




Seloua Luste Boulbina
Laboratoire central (au sujet de Final Cut)


« De quoi s’agit-il ? D’un dépaysement intégral qui concerne et le pays et la langue et le père et la mère et le nom.
>LIRE sur ce site



Aristide Bianchi
À propos d'un spectacle : Final cut


« Il y a, à travers tout cela, un plaisir de l’intelligence, plaisir à avancer un tant soit peu dans la compréhension du très difficile [...].
>LIRE sur ce site



Alice Cherki
Note sur Final Cut


« ... nul ne peut [en] sortir indemne.
>LIRE sur ce site



Laurent Ancion
Entretien avec Myriam Saduis


« C’est comme dans le Kintsugi japonais, qui est l’art de réparer un objet brisé avec de l’or. On ne cache pas les brisures : on les illumine.
>LIRE sur ce site



Tania Markovic
Entretien avec Myriam Saduis


« La marge de manœuvre est étroite, on ne peut pas recommencer un nouveau film, mais on peut faire un autre montage, réarticuler les évènements, poser un nouveau regard.
>LIEN sur le site de la RTBF










DISTRIBUTION
ET CREDITS
[final cut]

Avec
Myriam Saduis et Pierre Verplancken ou Olivier Ythier

Conception et écriture : Myriam Saduis
Collaboration à la mise en scène : Isabelle Pousseur
Conseillers artistiques : Magali Pinglaut et Jean-Baptiste Delcourt

Création lumière : Nicolas Marty
Création vidéo : Joachim Thôme
Création sonore : Jean-Luc Plouvier
(avec des extraits musicaux de Michel Legrand, Mick Jagger / Keith Richards, Amir ElSaffar)
Ingénieur du son et régisseur vidéo : Florent Arsac
Régie lumière : Nathanaël Docquier
Mouvement : Nancy Naous
Création des costumes : Leila Boukhalfa
Collaboration à la dramaturgie : Valérie Battaglia
Construction : Virginie Strub
Maquillage et coiffure : Katja Piepenstock

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Production Théâtre Océan Nord
Coproduction Défilé a.s.b.l., la Coop asbl, FWB CAPT Service du Théâtre
Soutiens Fédération Wallonie-Bruxelles, Shelterprod, Taxshelter.be, ING,
Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge

Diffusion [pour professionnels uniquement] diffusion@myriamsaduis.be,
 +32 496 81 70 00
Final Cut a été créé en novembre 2018, au Théâtre Océan Nord à Bruxelles, dans le cadre du Festival Mouvements d’identité initié par Isabelle Pousseur, directrice du théâtre.


PRESSE
[final cut]

Nominations

Final Cut a été récompensé deux fois aux Prix Maeterlinck 2019 (prix belges de la critique) en tant que
« meilleur spectacle » et  dans la catégorie « meilleure actrice ».

SceneWeb, Palmarès de la décennie

En décembre 2020, Final Cut est nommé à la cinquième place au Palmarès de la décennie du site Sceneweb.fr, section théâtre, ex æquo avec Die Brüder Karamazow de Frank Castorf. 

Le Monde, Fabienne Darge

Partant du plus intime, Myriam Saduis tisse avec une constante justesse de ton un spectacle bouleversant sur la manière dont l’histoire, en l’occurrence celle de la colonisation, peut briser la raison des individus
(26 juillet 2019, « Nos 20 spectacles préférés à découvrir ces prochains mois en tournée »)

L'Humanité, Muriel Steinmetz

La fillette que fut Myriam, fruit des amours interdites de l'Italienne et de l'Arabe, revit donc, vêtue comme une poupée, chosifiée, niée, avec 'ces satanés cheveux qui font toujours des nœuds'. [...] Le théâtre, lieu de la parole articulée, installe alors gravement une thérapeutique d'âme où passe le souffle de celui qu'on a voulu effacer.
(11 juillet 2019)
Lire tout l'article

Le Journal d'Armelle Heliot

Elle sait trop que le théâtre est question de collectif et que, pour donner plus de force à cette histoire si intime et bouleversante, il faut être parfait. [...] La construction du texte est remarquable, comme l’est l’interprète, avec son timbre aux moirures fermes.
(23 juillet 2019)

Le Figaro, Etienne Sorin

Une recherche de la vérité non dénuée d’humour et surtout bouleversante.
(12 juillet 2019)

Le Club de Mediapart, Jean-Pierre Thibaudat

Folie que celle de ces jeux troubles de double creusant le doute et la folie. Ainsi ces moments extraordinaires où l’actrice Myriam Saduis, au profil volontaire et à la voix affirmée, casse son corps et prend une toute autre voix sortie de ses entrailles, pour chanter des bouts de mélodie de Barbara (« dis quand reviendras-tu ? » par exemple) que lui fredonnait sa mère. [...] Tout le spectacle est ainsi construit, monté peut on dire, passant de l’intime à l’historique, de la quête à l’introspection, de la confession personnelle à la construction théâtrale. [...] Chaque ouverture de tiroir est une flèche acérée.
(7 juillet 2019)

L'Echo, Aliénor Debrocq

Arpentant le plateau seule ou en compagnie de son complice, Pierre Verplancken, la comédienne ne se laisse pas distraire: question de vie ou de mort, cette quête identitaire l’habite tout entière et nous entraîne avec elle jusqu’au dernier soupir d’un récit à la fois documentaire et bouleversant, dont elle finira par conquérir le «final cut», assumant la part de montage, donc de fiction, inhérente à toute entreprise narrative. Un émerveillement.
(17 janvier 2022)

Jeune Afrique, Anne Bocandé

Final Cut nʼest pas un témoignage, cʼest une poétique de résilience et dʼémancipation.
(29 août 2019)
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La Terrasse, Agnès Santi

Comme l’indique le titre, après avoir tant subi, c’est elle qui prend la main, qui énonce et structure le récit, et elle le fait avec un talent sûr, avec une vitalité impressionnante, avec un humour mordant [...] Elle agence les fragments éparpillés pour construire un bel édifice, fragile et solide à la fois. 
(15 septembre 2019)
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Politis, Anaïs Heluin

Dans le noir, rallumer la lumière.
Dès [les] premiers mots prononcés par Myriam Saduis, assise derrière un bureau tout simple, on sent que la parole est pour elle une conquête. [...] Son exploration est devenue au fil des années un passionnant récit-fleuve. [...] Qu’elle soit inspirée d’un fait divers ou qu’elle naisse d’une expérience vécue par celle qui s’en fait la narratrice, la parole au cœur de ces deux spectacles du off [Final Cut et Disparu de Cédric Orain] est animée par une urgence qui se passe de dramatisation. Pas un cri, pas une larme.
(9 juillet 2019)
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Financial Times, Laura Cappelle

L'une des propositions les plus fortes [du Carthage Dance Festival] était une production théâtrale. L'émouvant Final Cut de Myriam Saduis tresse ensemble l'histoire politique et l'histoire personnelle. [...] Dépourvu de sentimentalisme, le récit s'entrecroise brillamment aux références littéraires. Dans la salle, l'émotion volait haut.
(21 juin 2019)
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Sceneweb.fr, Anaïs Heluin

Si Myriam Saduis a la démarche légère, aérienne, on ne peut pas dire qu’elle danse. [...] Elle fait valser sa mémoire et ses sentiments. Sur un fil, conservant sa force de joie jusque dans les passages les plus sombres de sa traversée, elle réussit à transmettre non seulement une mémoire complexe, mais aussi toute la lutte, tout le travail qu’a nécessité l’écriture du spectacle. Tout le temps et la peine qui font sa valeur, sa beauté.
(21 juin 2019)
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La Presse (Tunis), Asma Drissi

Final Cut de Myriam Saduis n’est pas un simple récit de vie, c’est un regard juste et distancié, intelligent et bouleversant sur un pan de l’Histoire de la Tunisie et de la France, une période de l’Histoire qui a façonné les territoires aussi bien géopolitique que personnel et émotionnel.
(20 juin 2019)
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La Libre Belgique, Marie Baudet

De rage et de tendresse
Final Cut se présente à la fois comme une réflexion englobant les remous du XXe siècle, les questions de la construction identitaire, du métissage et de la décolonisation, et comme un thriller plein de rebon­dissements. Où l’on croise la folie, la fragilité, la quête de soi, l’adoles­cence rebelle, Les Parapluies de Cherbourg et Barbara, Racine et Marguerite Duras. Et La Mouette, dans un salut aussi brillant que subtil au théâtre. 
(20 novembre 2018)
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Agence France Presse

Les plaies du passé colonial français refont surface à Avignon. A Avignon, deux pièces coup de poing, l'une autobiographique, l'autre fictive, mêlent l'intime et le politique pour raconter comment des traumatismes historiques comme la bataille de Bizerte ou le massacre d'Algériens à Paris en octobre 1961, ont fait éclater irrémédiablement des familles mixtes.
(16 juillet 2019)
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Le Soir, Catherine Makereel

«Final Cut» ou l’empire d’une mère
[...] Au-delà du travail sur soi, c’est une troublante et poignante œuvre d’art que développe Myriam Saduis avec une distanciation étonnante, un humour improbable, des mises en abyme tchékhoviennes et des balises historiques et littéraires fascinantes. Sur un plateau dépouillé, avec un bureau pour seul accessoire, l’artiste nous happe d’emblée grâce à son regard hypnotique et autoritaire, où l’on perçoit déjà les gouffres d’une enfance pleine de trous.
(19 novembre 2018)
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RTBF, Christian Jade

Un grand moment de théâtre. ★★[...] Au total une confession lucide, sans exhibitionnisme, sur une douleur lentement maîtrisée, une réflexion toujours actuelle sur le racisme ordinaire et un art, impressionnant, du récit et de la présence scénique. Chapeau !
(19 novembre 2018)
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Demandez le programme, Didier Béclard

[...] Myriam Saduis se dévoile littéralement dans ce spectacle où elle fait montre de ses talents d’auteure (on le savait déjà), de comédienne et, plus surprenant, de chanteuse.
(20 novembre 2018)
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M La Scène [blog], Marie-Laure Barbaud

Avec aisance, humour, maîtrise du geste dans l’espace, la comédienne amène le spectateur, captivé, jusqu’à la révélation ultime.
(20 juillet 2019)
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Axelle Magazine, n°213, Véronique Laurent

Cartographies
La pièce dessine, scène par scène, comme des calques que l’on superpose, des cartographies de territoires, géopolitiques, sociaux et personnels. [...] Un récit raconté et joué par une comédienne et metteuse en scène puissante, forte et fragile, rejointe dans la seconde partie par le comédien Pierre Verplancken.
(Novembre 2018)
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BX1 Télévision, Le Courrier Recommandé, 16 novembre 2018, David Courier






MYRIAM SADUIS

©Serge Gutwirth
Myriam Saduis, de nationalité française, vit à Bruxelles. C’est lors de stages au Théâtre du Soleil, sous la direction d’Ariane Mnouchkine, qu’elle fait l’expérience décisive du théâtre. Elle étudie ensuite le théâtre à l’INSAS à Bruxelles, travaille en tant qu’actrice pendant plusieurs années, puis se tourne vers la mise en scène. 

Parallèlement à sa pratique artistique, elle a travaillé quinze ans en milieu psychiatrique où elle a mené des ateliers de théâtre avec des personnes en difficulté. Elle est également formée à la clinique psychanalytique.

En 2000, elle réalise une première petite forme, Enorme Changement de dernière minute d'après des nouvelles de l'auteur américaine Grace Paley. En 2004, Ingmar Bergman lui accorde les droits pour Une affaire d’âme, un scénario resté inédit  (Editions Cahiers du Cinéma, traduction de Vincent Fournier). Créée en 2008 au Théâtre Océan Nord, cette mise en scène constitue la première création théâtrale de ce récit de Bergman. Affaire d’âme reçoit le prix « Découverte de l’année » aux Prix belges de la critique 2009. 

En janvier 2012, Myriam Saduis crée La nostalgie de l'avenir d'après La Mouette d'Anton Tchekhov, dont elle signe l'adaptation et la mise en scène, au Théâtre Océan Nord. Sélectionné au Théâtre des Doms - scène belge francophone du Festival d'Avignon 2012, La nostalgie de l'avenir a tourné en France et en Belgique lors de la saison 2013-2014. Le spectacle a été primé deux fois aux Prix belges de la critique 2012 : « Prix de l'espoir féminin » pour Aline Mahaux; « Prix de la mise en scène » pour Myriam Saduis.

En 2013, elle crée Protocole de relance d'après Si ce n'est plus un homme de Nicole Malinconi, au Théâtre Poème 2 à Bruxelles.

En 2015 : création d'Amor Mundi d'après Hannah Arendt au Théâtre95 de Cergy-Pontoise en coproduction avec le Théâtre Océan Nord à Bruxelles. Texte de Myriam Saduis et Valérie Battaglia.
Amor Mundi a été nominé deux fois aux Prix de la Critique belge 2016 : une fois pour la mise en scène, une fois pour le prix dela meilleure interprétation féminine (Mathilde Lefèvre).

>Télécharger une photo de presse en haute résolution

[avec Aline Mahaux et un pneuma de passage]

Photos de FINAL CUT
par MARIE-FRANÇOISE PLISSART

Toutes les photos de la page : ©Marie-Françoise Plissart
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Toutes les photos de la page : ©Marie-Françoise Plissart
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LABORATOIRE CENTRAL
un texte de
SELOUA LUSTE BOULBINA

(Un texte de Seloua Luste Boulbina [1] au sujet de Final Cut)


 Final. Comment tirer un trait sur un passé ? Mettre un terme à une histoire ? Couper ce qui a été découpé, décousu, démembré, dissocié, disjoint, séparé, scindé ? En un seul fil, coudre et recoudre les morceaux divisés, les parts défaites, les fragments perdus. C’est un défi, en effet, que de mettre en scène et de représenter des distances, des failles, des fossés qui se superposent et s’amplifient. De quoi s’agit-il ? D’un dépaysement intégral qui concerne et le pays et la langue et le père et la mère et le nom. Celui-ci transformé et blanchi, que reste-t-il d’un père disparu dans la folie maternelle jusqu’à tenir, seulement, dans l’espace restreint d’un négatif photographique ? Presque rien. Une autobiographie. Une graphie surtout. L’affection délirante d’une femme pour son enfant transforme celle-ci en un secret je ne sais quoi qui enquête et s’écarte, qui s’affecte et se cherche. C’est toute une aventure personnelle et historique que Myriam Saduis développe dans une représentation qui, par son mouvement, sa vitalité, son intelligence et sa finesse montre comment, en situation désespérée, sauver sa peau. Saâdaoui devenu Saduis, il faut survivre et surmonter.

Une couple fou d’amour s’enlace et se sépare. La bataille de Bizerte, qui se clôt en octobre 1963, voit fuir les Européens de Tunisie, dont la mère de l’héroïne. Sa paranoïa se développe. L’enfant est éloignée et de son père et de son pays et de son histoire. Elle grandit, s’émancipe, réfléchit, joue et, analysante, analyse.
A dix-huit ans pétantes elle lève le camp, s’enfuit, s’efforce d’échapper à l’emprise. Et à l’empire. A la puissance coloniale française. La dictature familiale a marqué son esprit de son empreinte. Elle est sur le qui vive. Prête à répondre Lol V(alérie) Stein à toute intrusion dans sa personnalité. A toute colonisation de son imaginaire. Marguerite Duras l’a dit, « personne ne peut connaître Lol V. Stein, ni vous, ni moi ». C’est la fugue infinie, y compris musicalement, sur scène. Car la pièce est contrapuntique : elle fait entrer, successivement des voix. Le sujet, et sa réponse, fuit. D’une voix à l’autre. Jusqu’au détour, ingénieux, par La Mouette. Une pièce dans la pièce, un détour dans le retour. On connaît la chanson… La pièce de Tchekov, jouée la première fois le 17 octobre 1896, au théâtre Alexandriski de Saint Pétersbourg, a déjà été montée par Myriam Saduis (La Nostalgie de l’avenir). Ici, elle en joue un fragment, accompagnée par Pierre Verplancken.

C’est un duo, une bataille, une lutte à mort.

« Une jeune fille passe toute sa vie sur le rivage d'un lac. Elle aime le lac, comme une mouette, et elle est heureuse et libre, comme une mouette. Mais un homme arrive par hasard et, quand il la voit, par désœuvrement la fait périr. Comme cette mouette. » Quel rivage ? Quelle perte ? Quelle mouette ? Actrice, et comédienne, Myriam Saduis révèle les rôles divers que nous pouvons, tous et toutes, jouer. Petit soldat courageux qui maintient une distance de sécurité à l’égard d’une aimante ennemie. Chercheuse affamée qui trouve, dans différents tiroirs, de quoi alimenter son insatiable curiosité. Adolescente rebelle qui renie et revit. Patiente impétueuse qui s’oppose et s’émancipe. Femme éplorée qui tourne et se retourne. Sa capacité de parler est à la mesure des silences qui lui ont été imposés et dans sa vie, et dans son je(u). C’est ainsi qu’elle plonge – et nous avec – dans des gouffres amers. Disparition. Décomposition. Il faut bien inventer sa vie. Sinon que faire ? C’est – pour le public aussi - un grand ravissement. Lacan l’avait bien vu : « Ravisseuse est bien aussi l’image que va nous imposer cette figure de blessée, exilée des choses, qu’on n’ose pas toucher, mais qui vous fait sa proie. » Bouche cousue ou bouche ouverte ? A l’ouverture l’aventure, la fougue qui, de la scène à la salle, fait passer la brûlante électricité.

Pas de deux, pas de trois. Final Cut distille la sobre ivresse d’une compréhension rétrospective. Parce qu’elle met – tragiquement - l’amour et la mort en perspective et lance – comiquement – les lassos d’une docte ignorance sur les embrouilles de l’existence, elle dissipe, réellement parce que scéniquement, les écrans de fumée. Tu veux regarder ? Ça me regarde… Et bien, vois donc ça ! Bel exploit : nous sommes tous et toutes désarmé(e)s et conquis(e)s. Cut !
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[1] Seloua Luste Boulbina,
philosophe spécialiste des études post-coloniales, chercheuse à l’Université Paris-Diderot, a publié de nombreux ouvrages dont L’Afrique et ses fantômes (2015). Dernier ouvrage paru (septembre 2018) : Les miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (art, littérature, philosophie) aux Presses du Réel.



DOSSIER DE DIFFUSION
[final cut]




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