Note sur
Final Cut
d'Alice Cherki


Bouleversant : c’est le mot qui convient pour ce spectacle, où se mêlent à la fois l’émotion et l’humour, le tragique et la légèreté.

Bouleversant à plus d’un titre, celui de l’histoire singulière d’une « enfant de la transgression » née d’un couple de père tunisien, d’origine musulmane et d’une mère, fille de colons italiens modestes établis en Tunisie. Ils sont nés tous deux dans le même pays, ont respiré les mêmes odeurs, cueilli les mêmes plantes, vu la même mer, et la Tunisie est déjà indépendante. Et pourtant l’enfant qui va naître de cette union est le fruit d’un secret honteux, qui grandira sous le poids des silences : effacement du père, voulu par la mère, progressivement délirante. Reconquérir son histoire et sa liberté de sujet sera un long chemin.

Au-delà de l’histoire singulière, ce spectacle illustre, bien mieux que de nombreux écrits, la responsabilité de la grande Histoire : ici celle de la colonisation, ses silences, ses dénis, et les conséquences psychiques de ces dénis pour les descendants, « héritiers involontaires » des traumatismes de parents prisonniers de ces silences de l’Histoire.
Il est d’une grande actualité sur le racisme quotidien toujours à l’oeuvre. Une oeuvre d’art bouleversante dont nul ne peut sortir indemne.

Alice Cherki
écrivaine, psychiatre, psychanalyste